Histoire

Sur les traces de La Vérendrye, qui avait atteint le site actuel de Saint-Boniface en 1738, les premiers Européens à s'aventurer dans l'Ouest, au XVIIIe siècle, étaient des francophones. Ainsi, 150 ans avant la formation de l'actuel Manitoba, le territoire était jalonné de noms français : Fort Rouge, Fort LaReine, Fort Maurepas, Fort Dauphin, Fort Bourbon... Ces postes de traite de fourrures étaient animés par le va-et-vient annuel de coureurs de bois et de voyageurs qui, depuis le Bas-Canada, jetaient les bases d'une première nation francophone au Manitoba.

Fruit de l'établissement permanent de ces derniers au sein des communautés amérindiennes, la nation métisse s'est alors formée au confluent des rivières Rouge et Assiniboine. Elle s'est affirmée au milieu du XIXe siècle par sa résistance au monopole de la Compagnie de la Baie d'Hudson, puis au gouvernement canadien, pour se disperser ensuite dans l'Ouest canadien. La nation métisse s'est maintenue depuis en marge des autres populations de la région et distante de ses origines françaises.

La colonie de la Rivière-Rouge, fondée par les Métis, se consolidera avec l'aide de l'Église pour devenir un des principaux foyers de la vie française dans l'Ouest. Avec l'arrivée en 1818 des abbés Norbert Provencher et Sévère Dumoulin et de colons canadiens, la présence francophone s'ancre définitivement du côté est de la rivière Rouge à la hauteur de l'Assiniboine, avant de s'étendre à toute la future province. Saint-Boniface devient la capitale catholique et francophone de la colonie naissante de la Rivière-Rouge.

La francophonie manitobaine doit son développement aux mouvements migratoires qui s'amorcent dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Des francophones de plusieurs souches se sont alors installés au Manitoba : en majorité des Canadiens français, originaires du Québec et de l'Acadie, dont certains ont d'abord séjourné aux Etats-Unis, mais aussi des Français, des Belges et des Suisses.

La colonie de la Rivière-Rouge devient la province du Manitoba en 1870, à la suite d'un mouvement populaire et démocratique mené par Louis Riel. L'Acte du Manitoba, la constitution de la nouvelle province, reconnaît la dualité linguistique et culturelle de la nouvelle province. Le français et l'anglais sont sur un pied d'égalité au parlement provincial et devant les tribunaux. Entre 1870 et 1885, les francophones métis et canadiens deviennent cependant très rapidement minoritaires. L'immigration ontarienne et britannique dépasse, et de loin, le nombre d'immigrants francophones. Alors qu'ils forment plus de la moitié de la population en 1870, les francophones représentent seulement un peu plus de 10 % de la population manitobaine en 1886.

En 1890, la législature manitobaine fait de l'anglais la seule langue officielle de la province. À la même période, une loi qui abolit la dualité confessionnelle est adoptée. Si, après de longs démêlés, un certain enseignement dans une langue autre que l'anglais est toléré, tout compromis cesse en 1916, avec la Loi Thornton. La communauté francophone se mobilise et fonde l'Association d'éducation des Canadiens français du Manitoba. Le statut du français n'est rétabli qu'en 1979 et les francophones du Manitoba ne regagnent la gestion scolaire qu'en 1993. La Société franco-manitobaine, créée en 1968 pour remplacer

l'Association d'éducation des Canadiens français, est aujourd'hui l'organisme porte-parole officiel de la communauté.